Une question ·
Si possible, je ferai voeux de silence car ma parole de ne vaut pas plus que le bruissement taché d'une feuille de papier.
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Explication : Pouvoir être (a1)/Je (a2)/Temps (a3). La seule manière de cloturer et de boucler définitivement ces figures est d'y mettre une fin. Il y aura sans doute des mécompréhensions de cette exploration alphabétique pour toutes les personnes, qui ne sont pas de la conversation des voix depuis le début de cette aventure sans matière. Quelques ajouts et corrections mais seulement à but correctif. Vive le mélange et la forme. Bienvenue en réelle anomalie anonyme anomique.
Si possible, je ferai voeux de silence car ma parole de ne vaut pas plus que le bruissement taché d'une feuille de papier.
La sociologie, c'est comme la théologie, ça finit toujours par Dieu.
Je suis au courant que les critiques du père Pierre B. se servent allègrement du qualificatif "bourdivin" mais le statut de boite noire de la pensée bourdieusienne est telle qu'on trouve même pas de versions consultables sur le net ... ce qui me parait un peu idiot pour une sociologie qui dénonce les inégalités sociales dont l'accès au savoir est une des composantes (P. Bourdieu, Questions de sociologie, plus ou moins les 5 premiers chapitres) et malgré la place qu'occupe ses disciples sur la scène médiatique. Combiné à google, cela donne surtout l'impression de faire de l'exégèse plutôt que de la science.
Si j'écris, c'est sâlement parce que je voile le monde comme j'étoile la dentelle.
— Alors comme ça tu figures deux noms à la fois ? — Non, bon, tu sais bien que je n'aime pas ce verbe ... — Tu as le temps quand même alors ? — Disons que je n'ai plus la vie pour adorer un musée.
Pour un peu, elle le plaindrait mais elle a subitement perdu le goût de se livrer à ce genre d'exercice. En fait, elle considère même sottement que, si quelqu'un est à plaindre dans cette affaire, c'est plutôt elle mais elle est toute disposée à ce qu'on lui démondre qu'elle se trompe. Pourtant elle ne dira rien : Norman, boursouflé d'égoïsme ne l'entendrait pas. Elle ne dira rien parce qu'elle s'est tue, une première fois, il y a cinq and, et que, lorsqu'on s'est tu, une fois, on se tait pour toujours, même si on assure, la main sur le coeur, qu'on parlera la prochaine fois. On se tait parce qu'on ne sait pas faire autrement, parce qu'on est fabriquée comme ça, parce que c'est une fatalité à laquelle on n'échappe pas. On se tait parce qu'on a pas le courage de recoller les morceaux brisés, parce qu'on admet qu'on a perdu et que toute reconquête ne serait que provisoire et illusoire. On se tait parce que les larmes, ça coule sacrément mieux dans le silence.
P. Besson, L'arrière-saison
Ouf. Peut-être la dernière fois que l'on me distribuera des feuilles avec de laconiques questions banales et ne faisant appel qu'à un système de pensées fermé sur 12x1h30 de paroles.
Lire c'est bien seulement quand on a pas le temps de le faire on savoure d'autant mieux la transgression d'un moment volé ou pire d'une nuit allégée.
Etant mon personnage de fiction préféré, il aurait peut être été aimable de la prévenir que je ne l'aimais plus. Lorsque nous nous sommes croisés cette après-midi, j'ai du faire un détour incroyable pour éviter notre sujet de conversation. Mais j'ai du faire la regrettable expérience du souvenir des douleureuses leçons de conjugaison. D'abord, je sais très bien que tu n'es pas dupe et que tu vois très bien lorsque je passe devant toi en espérant que tu me retiennes par le bras et que tu ne fais rien, ce qui est tout à fait conforme à la distance qui séparera la situation de l'intuition. Tu pourrais au moins me le dire non ? Je ne fais pas vraiment semblant quand je vais à ta rencontre. Tu es mon unique lien avec la réalité, j'ai envie de partir avec la dérivée, de m'échapper de ce corps-texte qui ne sent toujours pas le moisi malgré son voyage depuis la moitié du XIXème jusqu'à nos joues. Disons que j'éprouve pour toi le même sentiment que lorsque l'on entend l'imperceptible sourire d'Oren Bloedow vers le milieu de la seconde minute de Queen of the Meadow (ça devient décidemment une véritable obsession) et que vient ensuite l'autre voix, plus habituelle. Alors pourquoi autant de retenu. Reprendre, dépendre, reprendre, défendre, reprendre les paroles que tu m'as laissé et que je traîne avec moi au fond de mon sac comme un refrain, cette angoisse textuelle de voir surgir devant moi toute ta vie, ton existence, ma religion, l'idôlatrie incompréhensible parce que j'espère qu'elle deviendra plus joyeuse, moins rituelle, plus belle, moins surréelle, plus sensuelle, moins culturelle, plus cultuelle. Tu connais mieux les règles que moi. Et tes étoiles, je veux quand même bien en porter une partie.
Ce caractère du cinéma, qui s'oppose si nettement à celui du théâtre, il est encore plus instructif de le confronter à celui de la peinture. Il faut ici nous demander quel est le rapport entre l'opérateur et le peintre. Pour répondre, qu'on nous permette de recourir à une comparaison éclairante, tirée de l'idée même d'opération telle qu'on l'emploie en chirurgie. Le chirurgien représente l'un des pôles d'un univers dont l'autre pôle est occupé par le mage. L'attitude du mage, qui guérit un malade par l'imposition des mains, diffère de celle du chirurgien qui pratique sur lui une intervention. Le mage maintient la distance naturelle entre lui et le patient; plus précisément, s'il ne la diminue que très peu — par l'imposition des mains —, il l'augmente beaucoup — par son autorité. Le chirurgien au contraire, la diminue considérablement — parce qu'il intervient à l'intérieur du malade,— mais il ne l'augmente que peu — grâce à la prudence avec laquelle sa main se meut parmi les organes du patient. En un mot, à la différence du mage (dont il reste quelque trace chez le médecin), le chirurgien à l'instant décisif, renonce à s'installer en face du malade dans une relation d'homme à homme; c'est plutôt opérativement qu'il pénètre en lui. — Entre le peintre et le cameraman nous retrouvons le même rapport qu'entre le mage et le chirurgien. Le peintre observe, en peignant, une distance naturelle entre la réalité donnée et lui-même, le cameraman pénètre en profondeur dans la trame même du donné. Les images qu'ils obtiennent l'un et l'autre diffèrent à un point extraordinaire. Celle du peintre est globale, celle du cameraman se morcelle en un grand nombre de parties qui se recomposent en une loi nouvelle. Pour l'homme d'aujourd'hui l'image du réel que fournit le cinéma est incomparablement plus significative, car, si elle atteint à cet aspect des choses qui échappe à tout appareil et que l'homme est en droit d'attendre de l'œuvre d'art, elle n'y réussit justement que parce qu'elle use d'appareils pour pénétrer, de la façon la plus intensive, au cœur même de ce réel. Walter Benjamin, L'œuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité (1939), p. 299-300.
Le problème avec les romans de Tanizaki que j'ai eu le délice de savourer (aujourd'hui : Journal d'un vieux fou), c'est qu'ils se lisent vraiment trop vite. Malgré les efforts et l'attention pour prendre soin de chaque mot, imaginer chaque mouvement décrit, les situations qui sont pourtant lointaines, je ne peux que dévorer les pages. Et si j'avais décidé de manger réellement chaque page du livre, j'aurais sans doute mis plus de temps. La fulgurance fait parti des maladies graves et pathologiques qui se déclarent à la fin de chaque ligne. L'écriture a quelque chose d'invraisemblablement fine, rapide et directe ... plutôt lucide et longiligne. Sans pourtant se porter vers le creux, les mots coulent sur le papier sans friction et quand même l'inessentiel vient ponctuer le récit, il ne fait que confirmer que les détails futils ne viennent pas alourdir la narration pour peu que le support soit adapté en provoquant un léger décalage et non pas une atmosphère malsaine. Quelque part, je crois que toute cet art est résumé dans ''l'éloge de l'ombre" mais la matérialité littéraire dépasse l'idéal que l'on peut se faire à la lecture de ce traité incompréhensible dans un contexte qui se limite au système des signes européens et qui n'arrive pas au simple soupcon de la totalité esthétique que peut concentrer avec une telle densité aussi peu de traits d'autant plus éloignés.
Pourquoi la vie n'est ou ne doit pas être une partie de go :
L'être est dans le secret. Dans l'intimité de l'existence, dans le pli non-psychanalytique des soupirs, il est possible de devenir. La culture de la parole est la non-vie ou plutôt la famine de la signification. Il faut réussir à ne plus rien se dire. Il ne faut pas écouter le discours pathologique qui fait de l'ignorance une souffrance. Je me tais, je veux tes. Je vis dans le secret de ton être.
Il n'y a que les gens chiants pour parler de changements.