Ecriture ·
Six soupirs plus tôt, je n'ai toujours pas eu l'envie de le dire. Il n'y a rien sans doute rien de pire que cette envie de mettre en colis. Il y a sans doute quelque chose de sensuel sans quoi, je serais bien incapable de débiter tout ce texte dès que je te place entre moi et ma raison. Je regrette simplement l'époque où ta simple présence me crispait, m'étranglait, qu'il me fallait plusieurs heures pour que mes dents lachent un peu de leur tension, que j'en avais des crampes à mes joues tellement je m'impatientais de ne pas laisser échapper ma langue, de retrouver ton langage qui ne comprenait surtout pas mon désamour de la parole. Tout mon travail intellectuel se concentre sur cette haine de de la parole et de la prolifération totalitaire contre toute forme d'imagination, de possibilité de relier les modes en papier et les petits pas de notre monde. Je pratique donc cette poésie théorique qui se voudrait dégénérative car source de tout futur impossible contre ta génération généalogique qui prive tout présent dès lors que l'astre insulaire rend les coups de soleil. Mais par dessus tout, ce que j'aime c'est la poursuite patiente et inégale où je crois laisser à l'autre le temps de retourner toutes les bibliothèques pouvant contenir la cartographie écologique des espèces d'arbres.
Six longs silences plus tard, j'écrase du pied la dernière lettre de mon nom pour mieux couper le pont sur lequel je voudrais que l'on se tienne et quand derrière lequel s'impatiente ce que j'appelle un code structurel, la forme impressionnante sur laquelle se destine ma frayeur d'un mot, "loin", qui recouvre une telle foule que je n'ai pas d'autre choix que de croire qu'il est devenu impossible de parcourir une telle distance, que le regard du hasard ne peut transverser autant d'aubes sans se douter que la situation serait sous la conduite embarassante de cette envie embarassée de brassage.